Intégration de l’IA dans les équipes : 3 critères pour dépasser les résistances invisibles
« Ce n’est pas l’espèce la plus forte qui survit, ni la plus intelligente, mais celle qui s’adapte le mieux au changement. » Charles Darwin
Plus un collaborateur est consciencieux, plus il hésite à utiliser l’intelligence artificielle. Une affirmation paradoxale ? Pas tant que ça. C’est le constat que j’ai tiré après plus de 900 heures de formation à l’IA menées auprès de 65 structures publiques et privées.
La résistance n’est pas ce que vous croyez
Durant ces formations, une scène revient sans cesse : les dirigeants penchés en avant, curieux, enthousiastes. Les collaborateurs ? Bras croisés, en retrait, observateurs.
Et pourtant, à la fin de la session, tous savent utiliser ChatGPT. Tous maîtrisent les bases. Mais quelques jours plus tard, les anciens réflexes reprennent le dessus. Les rapports sont à nouveau rédigés manuellement. L’outil IA est ouvert, mais silencieux.
Derrière l’inertie : le sens du devoir
En tant qu’ancien agent d’une administration économique, je reconnais ce comportement. Ce n’est pas de la mauvaise volonté. Ce n’est pas un manque de compétences. C’est un excès de prudence.
Chaque phrase écrite « à la main » est en réalité le fruit d’un contrôle de conformité :
Est-ce aligné avec les standards ?
Est-ce juridiquement sûr ?
Suis-je certain de ne pas prendre de risques ?
Autrement dit, le collaborateur ne freine pas l’innovation : il protège la qualité.
L’erreur stratégique : confondre efficacité et précipitation
La plupart des décideurs attendent de l’IA des gains de temps. Mais pour les équipes, intégrer un nouvel outil, c’est au contraire ralentir, observer, valider.
Ce décalage est structurel. Il crée une tension entre les objectifs de transformation et les réflexes de fiabilité.
Et cela ne se résout pas avec une formation technique. Il faut changer de posture collective.
3 critères pour dépasser l’impasse
Voici les 3 signaux faibles que je cherche chez une équipe avant d’initier une véritable intégration de l’IA :
1. Acceptation du ralentissement initial
L’équipe comprend que l’automatisation ne commence qu’après une phase de ralentissement volontaire. Ce moment où l’on observe les tâches récurrentes, où l’on documente ses process, où l’on apprend à formuler des prompts précis.
2. Reconnaissance du droit à l’imperfection
Accepter que l’IA produira des contenus à réviser, c’est déjà l’intégrer dans un cycle de production. Ce qui bloque souvent les agents, ce n’est pas l’outil, c’est le fait de ne pas livrer un document « parfait du premier coup ».
3. Capacité à se poser les bonnes questions
L’IA n’a de valeur que si elle est pilotée. Cela suppose une capacité à formuler les bons critères :
Quelle est l’intention de ce contenu ?
À qui s’adresse-t-il ?
Quel est le format attendu ?
Une IA bien utilisée, c’est une IA instruite par l’humain.
Une anecdote révélatrice
Lors d’un accompagnement auprès d’une collectivité, un agent affichait une réticence persistante à utiliser l’IA. Ni ses tâches ni mes arguments ne parvenaient à éveiller sa curiosité. Jusqu’au jour où il reçoit un appel d’un administré, à propos d’un cas de taxe d’habitation complexe. L’agent, embarrassé, raccroche sans avoir pu apporter de réponse concrète.
C’est à ce moment précis que je l’ai invité à analyser la situation : quels étaient les besoins de l’administré ? Quelles informations manquaient ? Quelles conséquences possibles pour lui, pour les autres services, pour sa propre charge mentale ?
À partir de ses réponses, nous avons formulé un prompt clair. En moins d’une minute, l’IA a produit une synthèse fiable, avec sources officielles, qu’il aurait pu transmettre. Ce mini-électrochoc lui a révélé que l’IA n’était pas là pour remplacer son jugement, mais pour lui permettre de sécuriser sa réponse, plus vite et plus sereinement.
Transformer la posture, pas imposer l’outil
Les résistances à l’IA ne sont pas des obstacles. Ce sont des points d’appui. Il suffit de les reconnaître comme tels.
C’est aussi ce que j’ai développé dans cet article sur les 3 actions clés pour que l’IA comprenne réellement le métier de votre entreprise, un passage souvent mal compris dans les démarches d’acculturation numérique.
Et si vous souhaitez aller plus loin, ce test simple permet d’évaluer en quelques minutes si votre équipe est prête à progresser concrètement.
La technologie est prête. Reste à ajuster nos postures.**
🔗 À lire aussi
De nombreuses publications sur le blog de David Tabacznyj approfondissent cette réflexion sur les usages de l’IA.
Pour suivre les dernières expérimentations IA en collectivité, consultez la section actualités.
